Rentrée Littéraire - Atelier Critique - Avis

Dans le cadre d'un atelier d'écriture consacré à la critique, j'ai lu Réparer les vivants de Maylis de Kerangal, Ceux qui reviennent de Maryline Desbiolles, Avoir un corps de Brigitte Giraud et Je ne retrouve personne d'Arnaud Cathrine.

Je vous en fait partager les résultats écrits que j'ai produit :


Brèves petites paroles critiques et petites notations discrètes - France Dupuis




Réparer les vivants Maylis de Kerangal (3/5): 

Une écriture, technique, respectueuse et délicate, une chirurgie narrative, qui suit au travers des lieux et des acteurs la vie d’un corps mort. Des phrases respiratoires, une ponctuation proche du cardiaque, rythmée par, les douleurs, les émotions.

Une transplantation romanesque qui émeut, souvent, où l’on s’attache à ceux qui entourent ce corps en question. Plutôt que témoin, l’auteur nous emmène, nous tient par le cœur, à la rencontre d’une équipe faite de maillons qui ne doivent pas se briser, qui doivent rester soudés dans la déconstruction du corps de Simon, de la mer à l’hôpital, de pièces en salles d’opérations, de la cage thoracique au caisson réfrigéré, du taxi à l’avion, du Havre à Paris, d’une main à une autre, d’une vie à d’autres.




Je ne retrouve personne Arnaud Cathrine (3/5):

Se rendre seul. Se transformer en solitude. Rendre compte d’une pensée qui comme une maison que l’on déménage, se défait de ses murs, se défait de ses cadres, se défait de ses meubles. Aller à la rencontre d’un abandon et entendre, lui dire ce que l’on en pense. Puis laisser rentrer, des éclats de rires, des colères, du silence. Surtout du silence. Et écouter résonner les souvenirs, les images qui peu à peu colorent les pièces vides et fades. Trouver sa mélancolie, trouver une autre porte et la sortir de ses gonds.

"Je ne retrouve personne" écrivait Jean-Luc Lagarce, et c’est à travers ce titre et cette même thématique d’isolement au sein d’une famille que l’auteur évoque une dépression parisienne, une solitude d’enfant réservé, avec lesquelles il se débat dans le ressac des vagues normandes, dans le silence des murs de sa maison familiale qu’il doit vider de ses sentiments, de ses rancœurs et souvenirs avant la vente prochaine. Un roman sur la désertion et la tentative de retrouvailles, de réconciliation avec son passé.



Avoir un corps, Brigitte Giraud (5/5):

Avoir un corps, le subir, l’oublier, le torturer, l’aimer, le construire, en avoir un autre, s’en défaire, en être responsable, en être dépendant, le gagner et puis surtout, un jour, comme nous tous, le perdre.

L’auteur propose avec simplicité, précision et efficacité le parcours de son corps, de sa vie de fille, de femme, d’amante, de mère, en sensations, en émotions, afin de le transmettre et de le faire vivre sur des pages que les mains se plaisent à corner, à retenir. Car on reconnaît et se reconnait, on entend et on ressent. Les mots résonnent dans notre peau qui a, comme elle, aimé, mangé, souffert, rit, pleuré, couru, perdu, vécu. On est touché, au cœur et au corps.





Ceux qui reviennent, Maryline Desbiolles (2/5):

Ce sont des chemins de croix, un dédale d’histoires mortes, qui reviennent, d’outre-tombe, d’outre-mémoires, d’outre-Histoire. Au travers du souvenir, et parfois même du rêve, l’auteur fait dialoguer, pour nous, pour elle, pour eux, les généalogies et les épitaphes. Pour en faire sortir leurs secrets, leurs blessures, leurs substances d’existences, et les ramener momentanément dans notre présent, à notre mémoire.









De corps en corps - France Dupuis

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De Avoir un corps (Brigitte Giraud), Réparer les vivants (Maylis de Kerangal), Je ne retrouve personne (Arnaud Cathrine), à Ceux qui reviennent (Maryline Desbiolles) : 


    Le corps qui subit, le corps qui prend, qui ressent de plus en plus avec sa tête, avec son cœur. Celui contre lequel on se débat, celui avec lequel on combat, celui avec lequel on aime, celui avec lequel on vit. Un corps comme un compagnon. Le corps qui écoute, qui hurle, sourd, renfermé. Un corps que l’on prend dans ses bras, un corps dont on veut se débarrasser. Celui qu’on tire, qu’on pousse, qu’on nettoie, qu’on crème, qu’on maquille, qu’on rase. Un corps que l’on bâtit et qui nous grandit.
    Le corps qui se vide, qu’on nettoie, qu’on rase, qu’on range. Qui se défait, qui se durcit, qui refroidit, qui devient blocs. Le corps comme coffre-mémoires des autres, celui qui reste à l’œil, celui qui rappelle. Le corps comme habitacle dans lequel résonne une autre vie, d'autres possibles, des pièces pour d'autres puzzles. Chaque morceau à déplacer. Un jeu de construction sans esprit. Une boîte stylisée, sans plus rien dedans. Une caisse de résonance. Avec des ondes qui se propagent dans les corps des autres, ceux qui perdent, ceux qui attendent, ceux qui opèrent le transfert. Un corps comme potentiels d'avenirs. 
    La mort d’un corps, l’agonie et la substance qui se retire des os, des veines, le sang qui se fige, comme la vente d’une maison, son déménagement, sa vie qui part sous formes de cartons qui sortent. L’empaquetage, la classification des moments de vies en pièces de vies. « Cuisine » « salle de bains » « chambre maman » « chambre frère » « chambre moi » « wc » « salon » puis en catégories « livres » « cd/dvd » « ustensiles cuisine » « décorations » à l’abstrait total « bazar ». Et c’est dans ce bazar que l’on trouve les instants, les figures de ce qui a constitué des instants de vie, des instants impromptues, des éclats. Que l’on enferme, que l’on serre, et que l’on fait partir ailleurs. Où chaque mur devient fade, où seul l’esprit et le corps de l’ancien occupant se souvient. 
    Le souvenir qui prend place par l’objet, à la simple vue d’un nom, d’une date, d’une stèle, d’une route. Le souvenir qui construit l’environnement, et le regard qui raconte, qui met en scène le vide devant soi, qui refait vivre. La mémoire comme personnage témoin qui propose des tirades à ses personnages lointains, enfouis au fond de nos corps. Qui rend présent le passé, qui rend pressant le besoin de dire, d’écrire, d’inscrire dans les corps des autres, qui tisse la toile, qui serre les liens, qui crée le partage, qui tend la main d’une page à l’œil. D’un mot au cœur.

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